PRESENTATION (travaux de 2006 à 2009):


C’est de la peinture, cela s’inscrit dans une tradition, lointaine et proche.

Très proche est pour moi la peinture américaine, spécialement le”Color-Field Painting” et, aujourd’hui, le courant “New New Painting”*.


Cette peinture ne délivre pas de message, n’est pas lisible à partir d’idées, de symboles ou de significations, bien que certaines idées puissent efficacement aider à la caractériser. C’est une peinture faite pour les yeux. Elle est à l’écoute des matériaux, de leurs possibilités et propensions, de leurs capacités, pour ainsi dire. Le matériau principal c’est la peinture acrylique, c’est-à-dire le gel acrylique et la couleur acrylique. D’ailleurs, plus qu’un matériau, la couleur est un vecteur poétique.


Le format, lui, est produit par le processus: la peinture s’écoule, s’étale, dessine une forme, plus ou moins dirigée, qui produit un format, “format libre”, résultante de l’acte de peindre et de la propension de la peinture à couler et à s’étaler.


La méthode tend à laisser aux opérations successives le soin de faire oeuvre. Depuis 2006, en effet, suivant une découverte opérationnelle dès 1998, c’est le revers de la couche picturale que je montre. Versée et étalée sur une bâche plastique (maculée le plus souvent de couleurs), la peinture, une fois sèche, est décollée comme une peau (plus ou moins épaisse), et retournée telle quelle pour être fixée sur un support de toile de verre et de résine époxy.  J’appelle le résultat “monotype”, avec toutes les possibilités de surprises et de hasard que sa fabrication comporte. Il n’est pas retouché, sauf en de rares occasions ou quelques parties sont découpées, voire recollées ailleurs.

Cette méthode est une manière de suspendre ou de contourner en partie la volonté et l’intention conscientes dans l’acte de peindre, une manière pour le peintre de tendre à s’effacer, en réduisant le contrôle, au profit de la peinture comme processus..... et résultat.


Au bout, cela marche ou cela ne marche pas, et seul le résultat, c’est-à-dire la présence (la teneur en “chi”, comme disaient les chinois), compte.



Nouvelles recherches (2008):


-Je les appelle “archipels”, ce sont de veritables peintures murales, faites de plusieurs morceaux fabriqués un par un, pour être ensuite réunis et organisés selon leurs affinités sur le mur, qui devient alors leur support. La faible épaisseur de ces morceaux leur permet de faire corps avec la surface du mur qui les accueille. Cette surface, l’espace vide qui les sépare et les réunit, devient partie intégrante de l’oeuvre. Un contact nouveau s’établit entre la peinture et l’espace de la pièce.



-Travaux sur papier: au départ c’est le format, toujours irrégulier, du papier qui guide la manoeuvre. Ce sont des “monotypes”, mais je n’hésite pas à m’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir quelque chose de satisfaisant, des “monotypes modifiés” donc, à impressions multiples.




LES SUSPENSIONS (2009)


Le travail, le bricolage pour ainsi dire (en assemblant des chutes) sur des pièces de petite taille, à la fois peintures et reliefs tridimensionnels, et aussi l’observation des formes et des propriétés des pellicules minces de peinture qu’on peut décoller des pots et des couvercles, tout cela m’a conduit à essayer de voir ce que ça pourrait donner à une plus grande échelle.

Ce sont donc des coulures de peinture acrylique sur du calque polyester qui, la peinture une fois sèche, est decoupé selon la forme dessinée par l’étalement du liquide, puis retourné pour subir la même opération de l’autre côté. Les deux faces sont donc peintes de la même couleur ou presque, enserrant le film polyester entre deux épaisseurs de peinture acrylique. Cela reste à la fois souple et un peu rigide, comme un tissu lourd, avec ses plis ses ombres et ses reflets, et l’art du drapé, qui habite la peinture et la sculpture ne peut pas ne pas venir a l’esprit.

Ces formes diverses aux couleurs variées, légèrement iridescentes pour faire jouer la lumière et les reflets, sont accolées ensemble, créant des assemblages qui tiennent de la peinture par les matériaux employés et les couleurs, par le fait d’être suspendus au mur, et de la sculpture par l’évidence des volumes et la particularité de s’organiser en assemblages.

La pesanteur est nettement sensible à l’oeil dans la verticalité générale des plis, dont la disposition peut suggérer parfois un jeu dynamique relayé par l’activité propre de la couleur.







*voir “Moffett’s Artletter 2.0”